Là où la Suisse vit le plus étroitement avec l'immigration, elle a voté non le plus nettement
L'initiative «Pas de Suisse à 10 millions» a échoué le 14 juin. Une analyse des 26 cantons et des 2'117 communes révèle un schéma clair : plus la part d'étrangers d'un canton est élevée, plus le non est net. La corrélation s'élève à −0,63. La Suisse qui vit chaque jour le plus étroitement avec l'immigration a voulu la limiter le moins.
Le 14 juin 2026, la Suisse a rejeté l'initiative pour la durabilité «Pas de Suisse à 10 millions». Derrière le résultat national se cache une logique géographique qui traverse le clivage gauche-droite habituel. Nous avons croisé les résultats officiels provisoires aux niveaux cantonal et communal avec la part d'étrangers de la population résidente.
Quatre constats dessinent le tableau : le résultat national et la majorité des cantons, le lien entre la part d'étrangers et les oui, un paradoxe ville-campagne et le Röstigraben. Les chiffres sont des relations agrégées aux niveaux cantonal et communal et ne disent rien du comportement de votants individuels.
1. Le résultat national : le peuple et les cantons disent non
L'initiative «Pas de Suisse à 10 millions (initiative pour la durabilité)» a échoué à la double majorité du peuple et des cantons. 54,8 pour cent ont voté non (1'808'916 voix), 45,2 pour cent oui (1'492'603 voix). Parmi les cantons, 8 4/2 favorables faisaient face à une majorité de 12 2/2 défavorables. Sur 5'668'117 électeurs et électrices, 58,9 pour cent ont participé — un taux élevé pour une initiative.
À première vue, un non net, presque anodin. Le résultat ne devient intéressant qu'une fois décomposé géographiquement : l'adhésion ne s'est pas répartie au hasard sur le pays, mais a suivi deux lignes — la densité de l'immigration et la frontière linguistique.
Quellen
- Chancellerie fédérale / OFS, votation du 14.06.2026 (provisoire) (2026) — Oui 45,2 % (1'492'603), non 54,8 % (1'808'916), participation 58,9 %
- Chancellerie fédérale, résultats cantonaux (2026) — 8 4/2 favorables à 12 2/2 défavorables
- OFS, électeurs et électrices (2026) — 5'668'117 ayants droit au vote
2. Le constat central : plus d'immigration, non plus net
Sur l'ensemble des 26 cantons, la corrélation entre la part d'étrangers de la population résidente (OFS, fin 2024) et la part de oui s'élève à −0,63. Au sein des seuls cantons germanophones, le lien est encore plus marqué, à −0,68. Là où le quotidien est le plus façonné par l'immigration, le soutien à sa limitation a été le plus faible.
L'amplitude est grande : à Appenzell Rhodes-Intérieures (12,6 pour cent d'étrangers), 65,9 pour cent ont voté oui, à Uri (17,0 pour cent), 59,9 pour cent. À l'autre extrémité, Basel-Stadt (38,7 pour cent d'étrangers) a rejeté l'initiative le plus nettement avec seulement 26,5 pour cent de oui, et Genève (41,7 pour cent) avec 34,6 pour cent. Il s'agit d'une corrélation agrégée, écologique, au niveau cantonal — non pas d'une déduction sur le comportement d'individus, mais d'un schéma entre territoires.
Plus l'immigration est dense, plus le non est net. Sur les 26 cantons, la corrélation est de −0,63 — une relation entre territoires, pas un jugement sur des votants individuels.
Quellen
- OFS, part d'étrangers de la population résidente par canton (31.12.2024) — Genève 41,7 %, Basel-Stadt 38,7 %, Uri 17,0 %, Appenzell Rhodes-Intérieures 12,6 %
- Analyse Clino de la corrélation au niveau cantonal (2026) — Tous les 26 cantons r = −0,63 ; cantons germanophones r = −0,68
- Chancellerie fédérale / OFS, parts de oui par canton (2026) — AI 65,9 %, UR 59,9 %, GE 34,6 %, BS 26,5 %
3. Le paradoxe ville-campagne : majorité de communes pour le oui, le pays dit non
Sur la carte, le oui domine : la commune médiane affiche une part de oui de 52,7 pour cent, et dans 1'247 des 2'117 communes (58,9 pour cent) le oui était majoritaire. L'initiative a malgré tout échoué, parce que les grandes villes l'ont nettement rejetée — et c'est là que vit le plus de monde.
Le oui le plus fort est venu du village d'Unteriberg SZ avec 90,5 pour cent. Les grandes villes ont tiré dans l'autre sens : Berne a voté 16,4 pour cent oui, Zurich 24,1 pour cent, Lausanne 24,4 pour cent et Fribourg également 24,4 pour cent. En Suisse, une majorité de communes ne suffit pas — ce qui compte, c'est où vivent les gens. Ainsi une initiative a pu échouer au niveau national alors qu'elle était en tête dans la majorité des communes.
Quellen
- Analyse Clino de l'ensemble des 2'117 communes (2026) — Commune médiane 52,7 % oui ; majorité de oui dans 1'247 communes (58,9 %)
- Chancellerie fédérale / OFS, résultats des villes (2026) — Berne 16,4 %, Zurich 24,1 %, Lausanne 24,4 %, Fribourg 24,4 % oui
- Chancellerie fédérale / OFS, résultat communal Unteriberg SZ (2026) — 90,5 % oui — soutien le plus fort de Suisse
4. Le Röstigraben : la culture l'emporte sur le taux d'immigration
Le quatrième constat est le plus singulier. Les cantons romands ont voté oui à 39,2 pour cent en moyenne, les cantons alémaniques à 51,5 pour cent — un écart de 12,3 points. La surprise : la Romandie a la part d'étrangers moyenne la plus élevée, à 28,3 pour cent, la Suisse alémanique seulement 23,8 pour cent. Ici, la région linguistique l'emporte sur le niveau d'immigration.
Les extrêmes du classement cantonal confirment les deux lignes à la fois. Le plus de soutien est venu d'Appenzell Rhodes-Intérieures (65,9 pour cent), de Schwyz (63,2 pour cent) et d'Uri (59,9 pour cent) — tous des cantons germanophones à faible part d'étrangers. Les plus bas étaient Basel-Stadt (26,5 pour cent), Neuchâtel (32,7 pour cent), Genève (34,6 pour cent) et Vaud (35,5 pour cent) — un mélange de grande ville et de Romandie. Le lien interne à la Suisse alémanique (r = −0,68) reste fort ; le Röstigraben se superpose comme une couche à part.
Quellen
- Analyse Clino par région linguistique (moyennes cantonales) (2026) — Romand 39,2 % oui, alémanique 51,5 % oui
- OFS, part d'étrangers par région linguistique (moyennes cantonales) (31.12.2024) — Romandie 28,3 %, Suisse alémanique 23,8 %
- Chancellerie fédérale / OFS, classement cantonal part de oui (2026) — Tête : AI 65,9 %, SZ 63,2 %, UR 59,9 % ; bas : BS 26,5 %, NE 32,7 %, GE 34,6 %, VD 35,5 %
Ce que montre la carte
Trois schémas se superposent. Là où vivent beaucoup d'immigrés, le oui a été plus bas (r = −0,63). Là où vivent beaucoup de gens — dans les villes —, le résultat a basculé malgré une majorité de oui dans la plupart des communes. Et en travers des deux, le Röstigraben a tracé sa propre ligne, que les chiffres de l'immigration ne suffisent pas à expliquer. Ensemble, ils produisent une carte où proximité de l'immigration et rejet de la limitation vont de pair.
La Suisse qui vit le plus étroitement avec l'immigration a voté non le plus nettement.
Clino a réalisé cette analyse parce que l'emploi de personnel de maison est son domaine et qu'une grande partie de cette main-d'œuvre est immigrée. L'étude replace un résultat officiel dans son contexte géographique et décrit des relations entre territoires. Clino ne donne aucune consigne de vote — ni avant ni après le 14 juin.
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